Il était une fois,
l'ici, le là, l'espace, la clairière, la Comté
(pour les hobbits), le lieu, le chez soi, l'espace accueillant, le
sol, les terres, la Terre, il était une fois, et il est
tellement de fois, la durée, sa durée, sa date de
naissance, inconnue, son grand âge, certain, son air si jeune,
malgré tout, ce qu'elle montre d'Elle, la réserve des
vies, menacées. Pour les fils et les filles du genre Homo
sapiens sapiens qui se pincent pour y croire, croire que cela est
vrai, la vie, existe, celle qui les contient et qu'ils devinent,
qu'ils pressentent, avant, un jour, un siècle, une seconde, de la
voir pour ce qu'elle est, une planète, Elle, mérite d'être
appelée par un terme matriciel, parce qu'elle est semblable à
une Mère, à Super Big Mamma, qui a accouché
d'enfants si différents. Elle, elle donne la vie et elle
nourrit, par ses fruits. C'est, par ici, le paradis, la parade des
vies. Pour les fils et filles du genre HSS, elle est
l'enveloppe, la manne des fruits et des animaux qui courent dans les
plaines. Parmi les fils et les filles de ce genre, quelques-uns ont
pris en haine la Vie, la Terre, la Création. Pour elles et
eux, il n'y a pas de raison, de valeur, de gain, à la vie,
qu'il faut résumer par des souffrances, les souffrances du
mâle qui doit travailler, les souffrances de la femme qui doit
enfanter, les souffrances de ceux et celles qui vieillissent et qui
meurent, ... Ceux-là aiment raconter une histoire, qu'ils
appellent l'histoire d'Adam et Eve. Selon cette histoire, les
milliers, les millions d'enfants de notre genre seraient nés
d'un duo, infernal. Et eux-mêmes seraient nés d'un
principe étrange, tout-puissant, joueur, tentateur, un
enfant... Car «Dieu» comme ils l'appellent aurait décidé
de jouer avec ces deux premières créatures humaines en
leur offrant le... Paradis, en les faisant maîtres de tout, de
presque tout, pour laisser une exception, un arbre à pommes...
Pour ces deux qui se plaisaient, ses deux frères humains dont
l'un a pris les apparences d'une, autre, la femme, apprendre à
vivre a consisté à apprendre à être le
maître et le jouisseur de tout – sauf qu'une chose leur
restait interdite. Le coup de la pomme est tentant. Le conteur y a
succombé. La tragédie donne tellement de piquant à
la vie. Mais pour lui, mâle parmi les mâles, il ne
s'agissait pas de refiler la faute à l'un de ses frères
de ressemblance – et «la» femme, soumise, était
la créature parfaite pour ce coup du sort, pour cet acte aux
conséquences terribles sur le couple et les enfants. Car après
avoir goûté d'une pomme qui leur ouvre les yeux, notre
duo découvre et la nudité et la détermination du
dit «Dieu», qui, après l'interdit, après la
menace, sanctionne, punit, fidèle à sa parole de
toute-puissance. Et voilà : Adam et Eve ont, «péché»,
fauté, ..., explique le conteur, et si notre vie est si
difficile, c'est que nous payons l'addition, éternelle. Le
conte, pour adulte, est divertissant – sans plus. Mais depuis des
siècles et des siècles que les successeurs du conteur
narrent cette même histoire, des auditeurs l'ont prise au
sérieux. Ce sont des enfants, et ils vont par le monde en
proclamant que les fils et les filles de ce
couple mythique ont
hérité d'une tare originaire, le péché,
qu'ils le portent, transportent, reproduisent, transmettent, comme un
virus dont on ne parvient pas à se défaire. Mais
comment l'humanité pouvait être pure et innocente avant
que le péché ne fut inventé, non par «Dieu»,
mais par ces nihilistes maudits... ? Car «le péché»
est une invention littéraire, datée, et depuis
longtemps, pourrie, moisie, frelatée, née d'un cerveau
noyée par la haine. Pour s'en convaincre, il suffit de se
regarder dans un miroir, regarder le corps, et regarder le regard, la
porte vers l'invisible, il suffit de regarder des enfants, il suffit
de regarder des amants, il ne suffit jamais de regarder et puis de
penser, il faut toujours, tout le temps et en tout lieu, regarder,
avec honnêteté et sérieux, et voir, entendre,
constater, percevoir, l'innocence, la pureté – même
s'il y a des salauds, des criminels, des fous dangereux, des tristes
sires. Il ne faut jamais accepter de faire disparaître une
vérité ontologique et universelle derrière les
immondices accumulées par des experts en saletés. Car
parmi nous, il y a, ces experts des haines, du mépris, du
dégoût, de soi mais surtout des autres. Pour s'en
libérer, pour en être protégé, il faut la
méthode d'un discours, mais surtout des actes recréateurs
: du rire, de la contemplation des beautés, de la danse,
l'écoute, dans le silence, de la parole, l'écoute de la
parole des savants qui
découvrent de vrais secrets, et enfin,
des baisers, indispensables . Dans le paradis qui est ici, il faut
inviter à ce jeu de rôles, gai, enthousiasmant, de se
réveiller dans la peau d'Adam, d'Eve, Dieu merci...

Commentaires