Samedi, une certaine souveraineté populaire, attestée par de multiples "enquêtes d'opinion", va, doit s'exprimer, contre un projet de loi pour lequel il n'est même pas besoin d'être expert (mais les experts le disent tous ou presque !) qu'il n'atteint pas son prétendu objectif de conduire le système de financement des retraites à l'équilibre, et qu'il induit pour des milliers de salariés une certitude : ils ne l'atteindront jamais, cet "âge légal de départ" ou s'ils l'atteignent, ils ne seront pas en forme pour en profiter... Mais avec une majorité et un gouvernement d'"extrême-droite" (cf. la couverturede Newsweek), un tel projet anti-social était inévitable. C'est pourquoi cette minorité est si activiste sur le sujet des citoyens sans titre de séjour, comme certains Roms, puisque cette stratégie de diversion détourne les regards des citoyens, eux aussi modestes, vers d'autres citoyens modestes, en leur faisant croire que ce gouvernement et cette majorité les protège des étrangers alors que DANS LE MEME TEMPS ce projet de loi contre les retraites est fait POUR DES ETRANGERS, les "investisseurs internationaux qui dirigent les marchés". Celles et ceux qui ont voté en 2007 pour ce pouvoir portent une énorme responsabilité dans TOUTE notre situation actuelle...
Pour celles et ceux qui sont, au minimum, sympathisants d'une extrême-droite, du nazisme, ou pire encore, l'invention du Point Godwin a relevé du miracle. Car, dans une discussion publique, le "coup fourré" du point est censé imposer à celui qui évoque un ou plusieurs faits, sentiments, idées appartenant à cette Histoire d'une extrême-droite ou du nazisme, le silence. COMME SI ce qui relève de cette Histoire, CRIMINELLE, n'avait pas, hélas, atteint de telles dimensions et par le totalitarisme organisé et développé imposé à des centaines de millions d'êtres humains (en Europe et en Asie) touché à tous les domaines fondamentaux de la vie humaine : les types de relation entre êtres humains, l'organisation des communautés humaines, les niveaux de pouvoir au sein de ces communautés, les connaissances des sciences matérialistes et psychologiques et leur instrumentalisation, les capacités criminelles des êtres humains, la problématique vitalo-philosophique de la volonté et de la volonté de puissance, le développement accéléré des armes jusqu'à un absolu, la mémoire et sa négation,... Etant donné l'importance de cette Histoire, il faudrait imaginer un Point Godwin inversé pour évaluer une discussion qui oublierait d'évoquer de tels faits ou même les refuserait !
Les films sur la guerre d'Algérie sont-ils par essence "anti-français" ? C'est comme si les films sur la Seconde Guerre Mondiale et le Nazisme étaient par essence "anti-allemands" ! Il faut alors rappeler que dans le cas de ces derniers, tant d'Allemands étaient, avant 1933, en 1933 et après, anti-nazis (les communistes, les socialistes, les anarchistes, les citoyens artistes, etc). Pour la Guerre d'Algérie dont la responsabilité incombe à quelques dirigeants français après 1945 COMME à une partie de la population dite "pied-noire", il faut rappeler que beaucoup de Français étaient opposés à la logique coloniale, comme à son esprit, en France Métropolitaine comme en Algérie, en Métropole comme en Algérie, et que les partisans d'une guerre anti-FLN ont souvent creusé leur tombe comme de celle de l'Algérie Française qu'ils prétendaient aimer. Il ne faut jamais céder face aux intimidations, provocations et délires de l'extrême-droite française, comme des autres pays.
Sur un plan personnel, les évènements de Sétif de Mai 1945 me font honte : alors que la France était officiellement délivrée du joug exterminateur des nazis, que tant de Français algériens ont combattu pour la libération de la France dans l'armée d'Afrique, après le débarquement en Provence, DES ORDRES VENUS DE DE GAULLE (hélas, cent fois hélas, Jean Moulin était mort...) permettaient à des soldats français d'accomplir des actes de haute trahison en tirant sur une foule pacifique et en faisant des milliers de morts. Si, Français, je ne me sens nullement responsable de ces crimes, le fait qu'ils aient été commis au nom de et soi-disant pour la France, me remplit de honte, et, en mon nom personnel, seulement représentatif de moi-même et sans doute de quelques Français qui partagent ces sentiments, j'adresse aux citoyens algériens l'expression de ma honte et de ma compassion pour les familles qui ont perdu des membres de leur famille dans des circonstances aussi scandaleusement stupides.
"Avoir des amis, se faire des amis,
approfondir une amitié, ou au contraire, en finir pour en commencer une
nouvelle, vivre par et pour une amitié qui bien souvent compte tellement plus
que l’amour-haine, c’est dans notre vie de citoyens d’un nouveau monde en
gestation devenu un principe de vie, pour lequel nous utilisons et privilégions
des outils, comme ces «réseaux sociaux», à l’instar du plus célèbre
d’entre eux, Facebook. Chacun sait que l’on peut heureusement vivre sans, mais
tout le monde ne sait pas (les ailleurs, les anti) que l’on peut aussi vivre
heureusement avec, précisément parce que les conditions de possibilité
techniques résumées dans le nom et la marque «Facebook » nous permettent de
découvrir des personnes passionnantes, remarquables, étonnantes, nous
permettent avec elles de parler, d’échanger, de construire des amitiés,
superficielles parfois, profondes aussi parfois. Grâce à quelques 500 millions
d’usagers dans le monde selon des informations officielles, Facebook rassemble
donc sous son égide 1/12ème de l’Humanité vivante, et ce nombre continuerait de
croître.
Facebook
est une co-création
Facebook, à l’instar de l’économie en général, est une
CO-CREATION qui dépend autant des uns (les créateurs et techniciens de
Facebook) que des autres, les usagers-créateurs. Car si ceux-ci se retirent,
Facebook n’est plus rien. C’est ce qui est en train de se passer pour l’autre
grand réseau social qui a précédé Facebook et qui pendant un temps le dominait,
Myspace. PROBLEME : si l’usager est un bénéficiaire qui crée des
bénéfices pour Facebook (notamment monétaire), ses DROITS en regard de son
être-acte sont faibles voire inexistants, puisque, en effet, selon un fait du
prince, arbitraire et dictatorial, des comptes Facebook sont purement et
simplement supprimés. A des degrés moindres, ce sont des photographies, des
textes, qui peuvent l’être. Pour ces suppressions, l’usager découvre un message
sur son compte lorsqu’il se connecte. Lorsqu’il s’agit de la pure et simple
suppression d’un compte, il n’y a même pas de mail d’explications et de
justifications.
Un
problème et la censure tranche
En somme,
Facebook se débarrasse d’un compte et de quelqu’un en le jetant. Ce
quelqu’un avait des contacts, il a parfois publié des messages pendant des
semaines, des mois, sur le mur central de Facebook, auquel ses amis, ses
contacts, avaient répondu, et tout est détruit, perdu pour… Pour ? Parce que
nous vivons à une époque dans laquelle les puritains Tartuffe tentent ici,
comme ailleurs (les Talibans), de s’attaquer à toute l’expression humaine
artistique et «érotique», Facebook a la phobie du(...)
Propositions
alternatives
Facebook pourrait, devrait, moduler sa réponse.
Signaler SEULEMENT par un avertissement les photos ou les textes « dérangeant »,
permettre un droit de réponse, créer un espace de médiation. Comment participer
à cet espace de partage, de libre expression si dès qu’un
« problème » survient la réaction est autoritaire et arbitraire,
laissant toute liberté aux plaignants, aux délateurs, sans la montre
contradiction !
Facebook pourrait aussi créer un statut adulte du
compte avec accès privatif aux adultes et après consentement d’accès (le
barrage «j’ai plus ou j’ai moins de 18 ans »), ce qui permettrait de régler une
partie des problèmes spécifiques sur ce sujet. Pour les artistes, il pourrait
exister aussi un compte artiste spécifique, avec des droits et des devoirs
particuliers. Mais pour tout cela, il faut donc que la direction de Facebook
accepte :
· D’avoir
un dialogue permanent avec les utilisateurs.
· De
respecter radicalement la liberté d’expression et la co-propriété des
utilisateurs sur leur compte, et par conséquent de ne plus supprimer aucun
compte sans raison sérieuse
· D’utiliser
et de faire connaître les législations nationales concernant la liberté d’expression
et ses limites et de ne rien ajouter à celles-ci de sa propre part.
· De
respecter celles et ceux qui sont dans une démarche consciemment créatrice, les
artistes, les photographes, les modèles, afin de ne pas opérer des actes de
censure contraires au droit général de la liberté d’expression et au droit
culturel à une liberté d’audace
Perspectives d’avenir
Les abus de Myspace dans la suppression des
photographies et des comptes ont conduit des milliers d’utilisateurs à s’en
détourner, et maintenant le réseau est sur le déclin. Si les responsables de
Facebook s’entêtaient dans de tels semblables abus, les mêmes conséquences se
produiront. Déjà, des exagérations dans les prétentions des responsables et
actionnaires de Facebook ont provoqué des campagnes anti et la construction de
réseaux alternatifs, comme Diaspora. Il n’est pas trop tard pour penser et
dialoguer."
Vous pouvez retrouver cet appel sur Facebook (même nom, "appel pour le respect des droits des usagers-créateurs de Facebook"), le signer ici par un commentaire, ou sur Facebook, par le simple bouton "j'aime" et mieux encore en faisant un commentaire.
Je remercie le photographe CPaul pour sa participation à l'élaboration de ce texte, et celles et ceux qui l'ont lu avant sa publication et nous ont fait connaître leur soutien et leurs arguments.
"Ici, 5 000 personnes sont employées. 90% sont des femmes. Jeunes, très jeunes.
Heureuses ? Dina (1) est arrivée dans le monde des petites mains de la
confection à 14 ans. Pour un peu plus de 50 roupies par jour, moins de 1 euro.
Pendant trois ans, à force d’inhaler des fibres, elles se sont agglomérées dans
son organisme. «On m’a retiré une boule de coton de l’estomac»,
désigne-t-elle, incertaine. Elle n’est pas la seule victime de conditions
de travail indécentes (lire page 4) mais elle a eu la chance d’être opérée.
Dina, une ouvrière parmi les 250 000 qui officient dans le textile au Tamil Nadu
(sud de l’Inde), a travaillé pour KPR. L’entreprise est sous-traitante pour de
grandes marques occidentales : Carrefour, Pimkie, Les 3 Suisses, Décathlon,
Kiabi (groupe Auchan). Mais aussi Tesco, Walmart, Marks&Spencer. Récemment,
trois nouveaux groupes d’importance - Gap, C&A et H&M - lui ont passé
des précommandes . KPR double sa capacité de production tous les deux ou trois
ans. Et ne se dédie qu’à l’export. (...) La majorité des filles recrutées dans le textile ont entre 14 et 18 ans,
assure une ONG indienne, qui lutte contre le Sumangali. Parfois moins. Le
travail des enfants est proscrit en dessous de 14 ans. Depuis le début de
l’année, les autorités locales ont pourtant recueilli 56 enfants. La partie
émergée de l’iceberg. Pure fiction, se défend KPR. «Nous ne faisons jamais
faire d’heures supplémentaires au-delà des huit heures quotidiennes»,
martèle aussi la firme. Dina confie pourtant «avoir dû travailler douze
heures deux jours de la semaine», pour rattraper son repos dominical."
Un idolâtre chrétien, le pasteur américain Terry Jones, a décidé d'inviter des fidèles à brûler des exemplaires du Coran. Le coup de pub est majeure, l'augmentation des risques le concernant est attestée. Idolâtre, car à n'en pas douter, "la Bible" est pour lui LA VERITE, alors qu'il prétend que "l'Islam vient du diable" (il est donc totalement manichéen, et, comme tous les manichéens, chrétiens comme musulmans, il est dangereux puisque simpliste). Evidemment, du côté musulman, certains le prennent tellement au sérieux qu'ils fulminent, vitupèrent, vocifèrent et le menacent. EUX AUSSI expriment une idolâtrie à l'égard du Coran, puisque, selon LEURS PROPRES CRITERES, ils confondent ce qu'est censée être la parole de Dieu vivante, qui se trouve dans le sens, avec les COPIES du Coran, comme si un feu terrestre pouvait menacer et atteindre cette parole ! Quels qu'ils soient, ils sont malades, mais ils le sont sur l'ensemble du globe, se médiatisant par tous les moyens disponibles, et menaçent les autres citoyens qui n'ont pas perdu leur raison et une subtilité dans leurs sentiments, dans leur "foi", quand ils en ont une. Il faut constater que ces deux livres/paroles comme ils/elles sont interprétés par leurs prétendus croyants ne favorisent pas l'intelligence. Comment pouvons-nous cesser de subir ces strates d'imbecillité et de méchanceté ? !
Nous publions un entretien avec Madame Lacroix-Riz, historienne française, en raison de la réédition de son ouvrage "Le choix de la défaite...". L'entretien complet est à lire au format PDF, en fin de note.
L’action
littéraire :La situation
actuelle internationale que nous connaissons et que nous subissons
semble avoir beaucoup de ressemblances avec celle du monde au début
des années 1930. Certaines pages où vous parlez précisément des
manœuvres des dirigeants pour la baisse des salaires,
«l’assainissement des finances » (p.48) correspondent
exactement à ce qui se passe désormais internationalement. 60 ans
après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des facteurs
déterminants de son déclenchement structurent encore notre monde.
Êtes-vous inquiète ? Pensez-vous que des mauvais coups plus
graves encore de la part de ces élites qui se sont elles-mêmes
mises en cause dans leur gestion des pouvoirs dans les années 1930
sont encore à venir et lesquels ? Comment considérez-vous que
les citoyens devraient résister, à l’aune des enseignements des
évènements des années 1930 ?
Annie
Lacroix-Riz : mes ouvrages sur les années de crise décrivent
des phénomènes propres à toute crise systémique du capitalisme,
notamment les efforts de toute nature faits par les maîtres de
l’économie pour reporter ses effets sur les autres classes
sociales. Toute crise de surproduction menace directement les
profits, lesquels, donc, ne peuvent être maintenus (voire augmentés)
dans certains secteurs que par une pression écrasante sur tous les
salaires, directs et indirects. Je parle naturellement des vrais
salaires, pas de ceux des grands auxiliaires du capital, dont les
émoluments faramineux et « parachutes dorés »
n’appartiennent pas à cette catégorie et sont au contraire
fortement augmentés dans pareille conjoncture, vu leur rôle décisif
dans le procès de production (l’influence sur les salaires et les
licenciements). Si on étudiait encore Marx à l’université et
dans une petite fraction de la société, ce qui était le cas quand
il existait un parti communiste stricto
sensu,
influent au surplus, une partie de la population saurait que salaire
et profit sont antagoniques par nature, et que, face à une baisse de
la production et des ventes, qui peut être considérable, maintenir
ou augmenter le profit suppose d’écraser le salaire. Cette baisse
est imposée avec brutalité, et dans des proportions inacceptables
par les victimes, ce qui pose d’emblée la question politique. Les
modalités de la mise en œuvre de cette réduction drastique se
traduisent par divers phénomènes étudiés pour
l’entre-deux-guerres dans Le
choix de la défaite et
De
Munich à Vichy.
Phénomènes politiques et idéologiques : 1° « réforme
de l’État », estimée indispensable dans
l’entre-deux-guerres, le régime étant estimé trop sensible aux
desiderata populaires, réalisée via Vichy et définitivement depuis
le régime institué en 1958 : la liquidation par de Gaulle des
séquelles du parlementarisme a définitivement fait du parlement un
ectoplasme, le tout sous l'égide du grand synarque Jacques Rueff,
promu au ministère des Finances. Ne s’en impose pas moins, dans la
crise actuelle, le renforcement marqué de la dictature politique du
grand capital en vue d’obtenir des populations des sacrifices
matériels, qu’elles ne sauraient consentir « spontanément »
(même si leur « spontanéité » est infléchie par les
publicistes, journalistes, partis qui les dupent quotidiennement) ;
2° rôle des publicistes, journalistes, partis, financièrement
contrôlés par le capital financier, chargés de convaincre les
victimes de tout subir au motif de la fatalité (le capitalisme étant
aussi « naturel » que la pluie et le beau temps) et de
l’abomination de tout autre système économique (l’URSS a servi
de repoussoir à deux reprises , mais bien plus efficacement dans la
présente crise que dans celle des années 1930, vu le degré de
perfection atteint désormais par la criminalisation du communisme en
général et des Soviets en particulier) ; 3° en cas de
non-contrôle ou de maîtrise insuffisante du rapport de forces
politique, modalités du combat contre les gêneurs ou de leur
élimination pure et simple (ce qui nous ramène à 1°) :
répression contre les partis, syndicats et groupements hostiles
avant éventuelle interdiction, excitation soigneusement calculée de
la fibre xénophobe, suppression des élections, jugées trop
aventurées en plein assaut contre les conditions de vie et de
travail (« l’ajournement » des législatives du
printemps 1940 par le « républicain » Daladier fut
annoncée en juillet 1939 un an avant Vichy), etc. Quand on
connaît l’avant-guerre, l’opprobre jeté par les hommes
politiques et la grande presse sur les électeurs de mai 2005 qui ont
voté non au référendum sur l’Europe suscite forcément
réflexion. Il en va de même pour la poussée xénophobe, calquée
sur celle de 1938-1940, que j’évoque dans un texte d’août 2010
envoyé à ma liste de diffusion et que vous avez diffusé, je
crois.Phénomènes militaires, résultant de la subordination
organique du haut état-major aux mêmes dirigeants économiques, que
nul ne peut soupçonner en l’absence de démonstration
archivistique, etc. Ce que j’écris sur la priorité accordée dans
la seconde moitié des années trente aux préparatifs de la guerre
intérieure
en plein abandon des dispositions de sécurité extérieure ou
de protection du territoire menacé par l’Allemagne éveille
forcément écho dans la phase présente de préparatifs obsédants
de guerre urbaine, sous couvert de lutte contre le « terrorisme ».
Bref, les mesures prises aujourd'hui contre les salaires directs et
indirects de la population ressemblent comme des sœurs à celles
adoptées pendant la crise des années 1930. Or, comme celles-ci,
elles empruntent des voies parfois insoupçonnables : on peut
difficilement comprendre d’emblée que le souci de « sécurité »
proclamé, la glose sur le vieillissement de la population imposant
élévation de l’âge de la retraite et la chasse aux étrangers en
général et aux Roms (fussent-ils français) en particulier masquent
la pure et simple casse des salaires. La connaissance de l’histoire
présente donc d’autant plus de danger qu’elle montre à nos
contemporains ce que les élites d’hier ont fait à leurs
ascendants, et leur suggère le sort terrible que leur réservent les
élites actuelles, héritières (y compris directement) de celles
d’hier. Ajoutons que la crise de surproduction qui dure depuis le
tournant des années 1960, et dont les sursauts récents ont atteint
une acuité inouïe, est infiniment plus grave que la précédente,
de même que celle de 1929-1931 était plus grave que celle de 1873.
La violence déployée contre les populations, dont nous n’assistons
à l’évidence qu’aux prémices, est naturellement éclairée par
l’étude de la violence exercée dans le passé. Le lecteur apprend
au surplus que les élites d’hier sont demeurées aux affaires
après la chute de Vichy alors même qu’on a seriné aux Français
depuis la Libération que la donne politique avait été alors
profondément transformée. Pour choisir un exemple significatif,
suggestif en cette fin d’été 2010, il ne peut pas ne pas
réfléchir au fait que le synarque et dirigeant de la Cagoule Eugène
Schueller, lié à Eugène Deloncle et autres grands sicaires
cagoulards que je décris, père de Liliane Bettencourt, a dominé
l’entre-deux-guerres politique, contribué à écraser les salariés
et à assassiner la république en s’appuyant avant et pendant la
guerre sur l’ennemi extérieur, allemand, avant de se rallier à la
Pax
Americana,
puis que lui-même, et après lui son gendre et sa fille ont assuré
les mêmes financements politiques après-guerre, et ont dominé la
vie politique sous les gouvernements de droite comme de gauche, avant
et après 1958. La carrière politique d’un François Mitterrand
s’est déployée dès sa prime jeunesse d’avant-guerre sous
l'égide de la Cagoule, dont Eugène Schueller avait été l’une
des personnalités marquantes; Schueller fut un des artisans directs
de son ascension d’après-guerre. Le groupe qu’il a fondé,
l’Oréal, est demeuré un des grands bailleurs de fonds organiques
de la droite et d’une partie de la gauche de gouvernement. Les
derniers développements politiques du feuilleton estival de 2010
confirment ce que d’ordinaire on n’apprend que quelques
décennies après les faits, sous la plume d’historiens qui
intéressent peu de monde, ou qu’on n’apprend jamais que
la famille Bettencourt
(Schueller,
convient-il de préciser), « honorable » selon le
ministre du Travail Eric Woerth, régit parmi bien d’autres
la politique française : un citoyen s’intéressant à
l’histoire sait que la chose dure depuis trois générations. Avec
les poids lourds, Banque de France (1802), émanation des grandes
banques bailleuses de fonds du coup d’État de Bonaparte, et Comité
des Forges, créé en 1864, notamment par un Wendel et un Schneider,
on passe aux dynasties séculaires : toujours régnantes,
jusqu’au sommet de l’État, elles résistent à tous les
apparents « changements » politiques intervenus depuis la
fin du 18e
siècle et le triomphe de la révolution bourgeoise. Ceux de la
Libération comme tous ceux qui avaient précédé. Je suis
historienne, et contribue en tant que telle à éclairer ces
continuités qu’on s’acharne, aujourd'hui plus que jamais, à
voiler. Mon travail montre à tout le moins que les populations qui
lâchent pied à la fin des années 1930 pour le cas français
paient très cher leur passivité, laissant ainsi le champ
libre aux puissants casseurs de salaires, de l’intérieur et de
l’extérieur. La question de ce qu’il convient de faire pour
éviter la répétition du passe relève des choix politiques de
chacun qui, soit favorisent cette passivité, soit y font obstacle.
Ma particularité dans le champ universitaire des décennies récentes
est d’avoir continué à afficher des choix marxistes d’ordinaire
niés ou cachés, et surtout rarissimes depuis plus de vingt ans.
Taxer de communisme (conviction que je revendique assurément) un
chercheur permet depuis vingt ans d’esquiver tous les problèmes
méthodologiques et scientifiques : or, c’est en tant que
praticien
qu’un historien communiste, non-communiste ou anticommuniste doit
être lu et jaugé sur le plan académique.
L’action
littéraire : Les services de renseignement français ont
également établi que, pendant les années 1930, avant l’arrivée
des nazis au pouvoir et bien sur plus encore après, ceux-ci ont
répandu en Europe et plus particulièrement en France des agents,
non pas dormants, mais très actifs, de plusieurs milliers. Ce
laisser-faire à l’endroit de personnes qui pourtant pouvaient être
clairement considérées comme des ennemis dangereux n’est-il pas
la meilleure preuve d’une trahison choisie et totalement
volontaire, sans moindre part à laisser à une certaine
«inconscience» ? Qu’est-ce que ces agents ont fait sur le
sol français pendant toutes ces années ?
Annie
Lacroix-Riz : comme le montrent les archives policières de la
période 1933-1939, Berlin a pu tranquillement préparer, à Paris
comme dans toutes les capitales de l’Europe bientôt occupée, son
Occupation prochaine. Le chapitre 5 du Choix
de la défaite étudie
cet investissement effarant de Paris et de la France, au su et au vu
des divers ministères concernés et, jour par jour, heure par heure,
des autorités policières – agissements qui n’ont plus connu
d’entrave depuis l’assassinat de Barthou et le triomphe de la
ligne Laval, y compris dans la phase Blum du Front populaire. De
Munich à Vichy étudie
avec précision le lien entre les œuvres anticommunistes renforcées
depuis le gouvernement Daladier d’avril 1938 et surtout à la suite
de Munich puis de la défaite ouvrière de novembre 1938, et la
collaboration policière franco-allemande stricto
sensu. Il
ne s'agissait plus seulement alors de laisser les hitlériens (comme
les fascistes italiens depuis 1926) s’en prendre librement aux
antifascistes et aux juifs allemands sur le sol français :
s’amorça alors une active collaboration policière
franco-allemande contre l’ennemi intérieur.
Le phénomène, que j’ai découvert à l'occasion de mes recherches
sur ces deux ouvrages et qu’il faudrait étudier de façon plus
systématique, est symbolisé par Carl Boemelburg : ce policier
et espion venu de Berlin à
Paris dans les fourgons de Ribbentrop en décembre 1938, resté
jusqu’en 1939, est revenu à Paris dès juin 1940 pour diriger la
répression anticommuniste et antijuive et l’espionnage allemands
jusqu’à l’été 1944. Je pense lui réserver une place dans mon
prochain livre, qui traitera entre autres des œuvres du second de
Laval depuis avril 1942, Bousquet, un des grands interlocuteurs et
complices français de Boemelburg et du chef de celui-ci, Helmut
Knochen.
L’action
littéraire :Puisqu’il y
a un silence actuellement institutionnel sur «la Synarchie», cette
tête pensante de la Cagoule, pouvez-vous nous présenter ces hommes
qui voulaient faire chuter la République et qui ont préparé la
collaboration ? Quel a été leur destin, et pour ceux qui ont
survécu à la guerre (par exemple les membres du «Club de
Fresnes », ceux qui sont passés par la prison), que leur
est-il arrivé ?
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