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Guy Moquet, Vent d'Europe, une commémoration, l'Histoire de la Résistance, note 3

L'histoire de Guy Môquet fait partie de l'Histoire de France, moderne et contemporaine, de cette Histoire tragique. La vie, courte mais fière, digne, fraternelle, de Guy Môquet fait aussi partie de cette Histoire de France, et il est préférable que les jeunes connaissent sa vie et ressentent de l'affection pour lui que pour le ministre, Pucheu, qui l'a choisi et désigné à la troupe nazie. Un homme politique élu à la fonction de la Présidence de la République peut choisir de faire commémorer la mort de ce jeune homme, comme nous sommes conviés en tant que citoyens français pour l'armistice de 1918, la victoire de 1945. Par contre, si l'idéologie sacrificielle fait partie de cette Histoire, parce qu'elle définit la pensée folle et, par essence, criminelle, du nazisme, celle-ci a été rejetée par la Résistance et par la victoire des alliés. La demande de l'exécutif est l'occasion de faire connaître l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale, du nazisme et de la Résistance. Car les évènements désormais éternels qui les caractérisent ne sont pas tombés du ciel, ni ne se sont produits "par hasard". Le NSDAP a été porté au pouvoir en Allemagne par un rassemblement de citoyens, miliciens, anciens soldats, paysans et intellectuels, le soutien décisif des Junkers, de la noblesse militarisée, et de la majorité des "grandes familles" de l'industrie pour qui les futures commandes du Reich nazifié étaient prometteuses. En France, et dès les années 20, un Comité pour l'Amitié Franco-Allemande a engagé des moyens financiers et humains considérables pour passer des contrats commerciaux, malgré le non-respect des clauses du Traité de Versailles par les Allemands. A partir de janvier 1933, cette pré-collaboration s'est intensifiée, pour préparer la trahison de 1940, le pillage économique de la France. A partir de la déclaration de guerre, beaucoup de communistes et de non-communistes n'ont pas attendu que les Nazis envahissent l'URSS pour engager des actions de résistance. Et, parmi ces résistants de la première heure, les communistes qui n'ont pas ainsi attendu "l'ordre de Staline" l'ont fait parce que le régime de Pétain et les nazis en France les pourchassaient, et faisaient du communisme l'ennemi absolu. Guy Môquet, modeste jeune résistant, fait partie de ceux-ci. Sa prudence n'est pas assez suffisante, il ne se rend sans doute pas compte, si jeune, qu'il est confronté, avec ses amis, à des assassins professionnels, et notamment parmi ceux-ci, à l'engeance de criminels de droit commun recrutés par les Nazis et par la "police française" ! L'un d'eux, Jean Filliol, participe même au choix d'Oradour sur Glane, qu'il désigne à la volonté criminelle de la Division Das Reich...
 

Le scalp de Luc Ferry

Img_1504Depuis des années, Luc Ferry représente le professeur de philosophie, académique par excellente. Le sieur est agrégé. Kant est, à ses yeux, un moment indépassable de la pensée. Ayant le goût des relations mondaines, sachant que ces relations pouvaient l'aider à "réussir dans la vie", une problématique très personnelle, il a toujours pointilleusement surveillé l'expression de "sa pensée" (prétention énorme et folle), pour que celle-ci, jamais, au grand jamais, ne dérange les puissants. De plus, le sieur est chrétien, et ceci lui a permis d'être invité aux Etats-Unis pour intervenir dans une Université près de Chicago. Mais le bonhomme pense que sa pensée est tellement importante et géniale qu'elle doit être accessible partout. Même si la réalité démocratique le dégoûte (Vincent Cespedes écrit : "La pensée Ferry se prétend "vraie" philosophie (...) se moquant des débats des cafés philos et autres initiatives non validées par l'Université"), il lui faut "parler au peuple", et pour cela, il signe des tribunes, intervient sur LCI, devient, brièvement, un Ministre de l'Education, presque parfait pour le gouvernement et le Président, parfaitement aux ordres, politicien retors dans la rhétorique. Vincent Cespedes a pris le temps de se pencher sur "la bonne soupe de Luc Ferry" - attention, c'est ironique... Pourvu que cette action specscalpulaire annonce une guerre des trentenaires et des jeunes "intellectuels" contre ces pontifiants-lénifiants qui, depuis des années, usent de l'inculture de leurs interlocuteurs journalistiques pour servir des banalités, ou pire, des mensonges.

Platon - réponse à "L'autonomie de la politique" selon Barbara Cassin - et "Dons de Platon", pour comprendre la fondation de la Philosophie

Guerriergrec "Dans le numéro 4 de «Philosophie magazine» présenté sur ce blog par deux notes (ici et ), la rédaction a publié une contribution de Barbara Cassin, intitulée «L'autonomie de la politique» (page 66), dans le cadre du dossier consacré à Platon. Ce texte est un monument, unique et remarquable, de simplifications, contre-vérités, et... sophismes. Mais l'auteure n'en a et n'en aura certainement cure puisque, depuis de nombreuses années déjà, elle est devenue l'une des spécialistes françaises de la sophistique. Dans le sous-titre, elle explique que «le philosophe devient dangereux quand il veut soumettre la politique à la norme du vrai. C'est là l'erreur de Platon, comme celle de Martin Heidegger..». Comme si ces deux «penseurs» (et dans des modalités bien différentes) avaient eu des responsabilités et des pouvoirs politiques de type classique et étaient responsables de fautes ou de crimes graves. Or, en établissant un lien de Platon vers Heidegger, allemand vivant au temps du national-socialisme, Barbara Cassin laisse entendre que les faits criminels du nazisme, et dont certains veulent attribuer une condition de possibilité aux propos et aux idées de Heidegger, pourraient devenir compréhensibles par une responsabilité des «philosophes», que Platon aurait initié ! Et, pour commencer son texte, elle fait appel à un argument d'autorité, une citation d'Hannah Arendt, juive allemande, maîtresse, un temps, de Heidegger. Dans cette citation, Arendt déclare : «Nous (...) ne pouvons guère nous empêcher de trouver frappant, et peut-être scandaleux, que Platon, comme Heidegger, alors qu'ils s'engageaient dans les affaires humaines, aient eu recours aux tyrans et aux dictateurs». Platon, comme Heidegger. L'un et l'autre, d'une manière semblable, «auraient eu recours»... Mais à qui ont-ils eu recours et comment ? Dans les pages 60 et 61 de ce même magazine, une frise nous donne la chronologie de la vie Platon. En 388-387 av JC, il réalise un premier voyage en Italie du Sud, et fait la connaissance d'Archytas et de Denys 1er qui règne à Syracuse. " (cf. la suite dans le fichier PDF ci-dessous)

"Dons de Platon" :

Femmevoilee "Lorsqu'il s'agit de parler, de comprendre et de faire comprendre un auteur comme Platon, une mise en perspective, historique, sociologique, intellectuelle, est nécessaire. Il faut commencer par rappeler que l'oeuvre de Platon, les Dialogues, n'existait pas avant lui ! Derrière cette lapalissade, il s'agit de penser l'apparition de l'oeuvre, et ce que celle-ci a dévoilé ou révélé, sur Platon lui-même, mais aussi sur son monde, sur le monde, etc. Avant Platon, les auteurs, ou les penseurs, grecs, qui font partie de ceux que nous désignons par «pré-socratiques», ont exprimé des idées, des convictions, des affirmations, dans une forme essentiellement et naturellement fragmentaires. Oracles de la vérité, ils vaticinent, comme Héraclite qui écrit des aphorismes. Pour nous, tard-venus, il y a tant de livres, d'essais, de pamphlets, d'ouvrages de sciences, mais si nous faisons un effort pour nous mettre dans la peau du jeune Platon, il n'y avait rien de tel, sauf les oeuvres des Présocratiques. En outre, dans sa cité, Athènes, la tragédie fait fureur. Et elle aussi n'existe pas de toute éternité. Deux auteurs, Eschyle et Sophocle, composent les principales oeuvres théâtrales lyriques, que ce soit Agamemnon pour le premier et le trop célèbre Oedipe Roi pour le second. Là encore, il faut mettre ses oeuvres en perspective pour les comprendre et comprendre qu'elles aient pu devenir, aux yeux de Platon, un problème. Pour elles, les foules s'attroupent et les citoyens sont hypnotisés par un même point focal, la scène, théâtre-d'ombres. Mais que voient-ils, qu'entendent-ils, que comprennent-ils ? Est-ce que la tragédie éduque ? Ou donne à méditer seulement, et donc matière à se tromper ? Pour une cité de la taille d'Athènes, la tragédie est l'invention de la «société du spectacle». Dans sa jeunesse, Platon, ou Aristoclès, fils d'une riche et noble famille athénienne, rêvait de concurrencer Eschyle et Sophocle. Et puis, il rencontre Socrate, tailleur de pierre, singulier tailleur de pierre, on dirait aujourd'hui ouvrier, de type immigré (il n'est pas beau comme le sont ou comme croient l'être les aristoï). Socrate, on le sait (mais que sait-on de cette capacité ?), est un amateur, professionnel, de questions. Les questions qu'il pose, que Platon entend ou reçoit, n'ont pas, bien souvent, de réponses, alors qu'elles sont absolument justifiées. Et Platon, qui vit dans la cité des réponses, comprend que celles-ci sont peut-être creuses, trompeuses, partielles, insuffisantes. Mais surtout, derrière ce comportement socratique, cette attitude, Platon comprend que se cache un souci et un travail de vigilance : la «politique». «Faire» de la politique, ce n'est pas seulement et pour commencer, prendre des décisions, faire de beaux discours, mais préparer ses décisions, parce que chaque décision, instant essentiel dans la causalité inter-humaine, peut et doit être bonne, mais aussi peut être mauvaise, pour soi et pour tous, parce que l'erreur est la chose du monde la mieux partagée. Socrate est affable, mais Socrate est inquiet. Hommes et cités sont mortels, bien avant Hiroshima et Valéry." (cf. la suite dans le fichier PDF Téléchargement PHILOSOPHIEMAGAZINENUMEROQUATRECONTREBARBARACASSIN.pdf )

(Photographie de la femme voilée : F.X. Prévot, marcheur-photographe)

                                   

Philosophie magazine, numéro 4, note 2

Img_1420_2_redimensionner_1 Les deux articles centraux du dossier sont donc «L'image trouble de l'Occident» et «L'inquiétant pouvoir des clichés». Dans le premier article, Farhad Khosrokhavar écrit que, pour ces minorités islamiques radicalisées, «l'Occident est le théâtre d'une corruption des moeurs, en particulier l'homosexualité, qui rappelle Sodome et Gomorrhe.» Et ce n'est pas, comme le déclare un extrait grossi du texte «l'absence de cohérence en Occident» qui «rend malaisé, voire impossible un nouveau discours humaniste, opposé à l'Islamisme radical», mais une absence dImg_1417_2_redimensionnere réponse, provisoire, puisque celle qui est, ici, en cours de réalisation, la  "Love Religion" (avec, sans doute, d'autres en préparation),  est déjà partiellement exprimée, et propose déjà des fondements à ce nouveau «discours humaniste». La perspective et la possibilité du "mariage homosexuel" fait l'objet d'un éclairage contradictoire très intéressant. Si nous pouvons, ici, nous poser cette question, envisager cette perspective, combien de siècles faudra t-il encore aux nations et aux régimes arabo-musulmans pour intégrer la tolérance nécessaire à sa condition de possibilité ? Le dossier mensuel ne pouvait envisager de traiter assez profondément et complètement ce «choc des représentations», mais a plusieurs mérites et intérêts, dont celui de faire entendre la voix d'Abdelwahad Meddeb qui n'est pas encore assez connu en France. Par contre, et il s'agit sans doute de cette continuité et de cette puissance des paradoxes, le traitement de «Platon, roi des philosophes» surprend. La rédaction a fait appel à deux «experts» de Platon, Luc Brisson et Jean-François Pradeau, mais leurs explications sur l'intelligible, l'amour, le monde, l'âme, les mathématiques, la vertu, la cité et le philosophe sont surtout plates et n'apportent pas une intelligibilité construite et audible par des citoyens modernes. Les affirmations relèvent de ce "platonisme" bien compris - qui n'a rien à voir avec Platon... Quant au texte de Barbara Cassin sur «l'autonomie du politique», il constitue, dans un dossier consacré à Platon, presque un scandale, Img_1423_2_redimensionner puisque l'introduction de l'article n'hésite pas à déclarer que «le philosophe devient dangereux quand il veut soumettre la politique à la Norme du Vrai». Il est vrai que «la politique» est mieux conduite et «gérée» par des non-philosophes, qu'ils s'appellent Hitler, Margaret Thatcher, Georges W. Bush, etc, qui, eux, n'hésitent pas à s'appuyer sur les puissances du langage et des images pour manipuler, mais également provoquer des drames dans les cités humaines. Les catastrophes historiques provoquées par ces «tyrans», au sens grec, sont et nombreuses et considérables, et confortent, au contraire, la thèse platonicienne selon laquelle les cités humaines ne parviendront pas à la stabilité et au bonheur tant qu'elles ne seront pas dirigées par des «philosophes-rois» (et par là, il ne s'agit pas de désigner des individus qui auraient suivi une formation dite «de philosophie» dans un lycée ou une université). Quoiqu'il en soit, d'autres articles de ce numéro peuvent et doivent intéresser, avec la présentation d'Olivier Razac, du film d'Oliver Stone consacré aux évènements du 11 Septembre 2001, d'un entretien avec Bruno Dumont, «La guerre et l'amour, c'est la même chose».

cf. le remarquable entretien avec Michel Serres

                                   

Lecture Philo, la première

Lecturephilo1Un orage, des pluies, avaient eu raison de la première soirée, programmée le 19 Juillet. Hier soir, au château de Lanquais, la première soirée de "Lecture Philo" a pu avoir lieu. Alors que je participais à l'aventure des cafés-philo, en France, auprès de Marc Sautet, j'ai été étonné, parfois même stupéfait, de constater que ces espaces de dialogue qui s'ouvraient se refermaient aussitôt à l'égard de la culture intellectuelle mondiale, et notamment de ce que l'on appelle "la philosophie". A savoir que les auteurs, donc LEURS TEXTES, n'avaient pas le droit de cité dans ces espaces, comme si la culture signifiait nécessairement l'élitisme, et l'élitisme la négation de la base démocratique et populaire de la nation. Sans compter que ce rejet de cette culture signifiait également que certains intervenants pensaient pouvoir tout inventer, et faire sortir, de leur cerveau zeusséen, comme d'autres de la cuisse de Jupiter, des idées divines... Hier soir, ont été lus des extraits d'"Un café pour Socrate" de Marc Sautet, de "Ecumes, Sphères III" et de "La compétition des Bonnes Nouvelles" de Peter Sloterdijk. Après la lecture de courts extraits, les participants pouvaient intervenir, poser des questions, exprimer une critique, formuler une analyse, pour qu'un dialogue s'engage. Dans le concert des voix, que quelques-uns résument à tort dans la notion du cirque "médiatique", il s'agit de faire entendre celles de ses morts dont la parole, vive, personnelle, nous est restée, par les textes même, et, les entendre, les comprendre, engager un dialogue avec eux, pour nous, et, nécessairement, aussi, examiner leurs limites, démontrer leurs erreurs, en somme, les critiquer si cela est nécessaire...

Si vous voulez organiser une "Lecture Philo" dans votre ville, votre bibliothèque, votre établissement, vous pouvez écrire à dieusansreligions@yahoo.fr

Philosophie magazine, numéro 3

Img_1259 «Philosophie magazine» en est déjà à son troisième numéro, et son succès paraît confirmé. Pour ce nouveau numéro, la rédaction a choisi un titre et un thème problématiques, «les voyages philosophiques» puisque, à vouloir jouer sur les mots, il y eut, sans doute, des voyages de philosophes, mais des voyages philosophiques... En fait, comme dans la pensée philosophique classique, il y a un jeu de mots afin de suggérer, ici, que des voyages peuvent produire de «la» philosophie, ou encore que la philosophie est un «voyage», ... Et c'est ce qu'Alexandre Lacroix affirme dans son éditorial lorsqu'il écrit que «on comprend que la philosophie entretient un rapport particulier avec le voyage» pour conclure qu' «on pense rarement mieux qu'en mouvement». Or, si cette dernière affirmation est intéressante, si elle est adaptée à quelques rares marcheurs, péripatéticiens, à commencer par Aristote himself, et Nietzsche, il faut constater que ce lien, supposé fondamental, entre pensée, philosophique, et voyage, propose une aporie, dont le sens historique est bien connu, puisque ce n'est pas pour rien que les gens de «bon sens», les gens normaux, caractérisent, par une image désormais célèbre, les «philosophes», comme des «solitaires qui vivent dans leur tour d'ivoire», des êtres de solitude, enfermés et seuls. Et l'article, «Le cosmopolite immobile», page 56, consacré à Kant, rappelle opportunément que le célèbre philosophe de Koënigsberg fut l'homme de sa ville, d'une extraordinaire et terrifiante vie définie par des habitudes «intangibles» - Kant, l'absolue sédentaire... Une question qu'il est légitime et nécessaire de se poser est donc : les philosophes sont-ils des êtres de voyages, de rencontres, dont la pensée est nourrie de ce qu'ils ont découvert ? Et si ce n'est pas le cas, pourquoi faudrait-il penser le contraire ? Les «professionnels de la pensée philosophique» ont un problème narcissique à l'égard de leur propre image, et parce qu'ils tiennent, par dessus tout, à pouvoir répondre à la question : d'où viennent vos idées ?, par : de ma rencontre avec le monde, qui m'a inspiré. C'est le seul lien et le seul legs que ces professionnels acceptent de reconnaître à l'Autre, puisque, par ailleurs, le complément de leur réponse à cette même question : d'où viennent vos idées, est tout simplement : de moi... Dans mon expérience des cafés-philos, j'ai pu observer chez ces professionnels plusieurs refus : celui de la présence, parce que les cafés ne pouvaient permettre l'expression de la pensée, du débat et du dialogue, réputés inutiles, de la pure et simple rencontre avec celles et ceux que nous ne connaissons pas, alors qu'ils forment avec nous, la même cité, une nation, et une habitation - et cette absence de ces professionnels dans la vie de la cité est aussi une évidence... C'est que, chez ces professionnels, un préjugé secret et tenace considère que «je», le je pensant, n'a des idées et des bonnes idées que si ce sont les miennes seules, si elles sont «à» moi. Or, voilà bien un sujet de réflexion, fondamentale, pour une pensée philosophique : d'où les idées tirent-elles leur propriété, et, en suis-je, moi pensant, le créateur et donc propriétaire, au sens du droit d'auteur ? Cette question pouvait être posée par l'articulation de ce numéro consacrée aux «voyages» des philosophes, par un examen des connaissances ou des traces de connaissances, de pensées, ou de significations, que les dits philosophes auraient importé, recueilli au cours de leurs voyages, de ce qu'ils auraient appris du monde et des hommes, de l'Autre qu'ils ne sont pas. Le choix de parler du voyage de Platon en Sicile est, de ce point de vue, curieux. Car Platon n'est pas allé en Sicile pour découvrir, mais pour être le conseiller politique de deux tyrans, et, ainsi, être le «dictateur» secret d'une politique et de sa réforme. Mais Platon a fait, l'histoire l'affirme, et les traces dans son oeuvre sont nombreuses, un voyage en Egypte. De ce voyage, il a rapporté dans la besace de sa mémoire des «mythes», tel le récit du Dieu Thot qu'il narre dans "Le Phèdre" et plus encore le récit de l'Atlantide. Et là, il faut constater que la rédaction de «Philosophie magazine» choisit de faire parler des «experts», comme M. Jean-François Mattéi, sommité mondiale en tant que spécialiste de Platon, mais dont les thèses peuvent, et doivent, toujours être analysées et discutées. En effet, M. Mattéi, concernant le problème de l'Atlantide dans l'oeuvre de Platon, a une réponse banale et sans preuves, à savoir qu'il s'agit d'une fable morale sans fondement historique. Qui peut se permettre, sur un tel sujet, d'ignorer le travail et les arguments de Jacques Hébert ? On pourrait croire que la découverte de Troie par Schliemann  inciterait ceux et celles qui traitent de l'existence ou de l'inexistence de l'Atlantide à la prudence, mais les Français ne sont-ils pas incorrigibles dans leurs certitudes – et non dans leur sens du doute ? Car, quoiqu'on dise, les Français ne sont pas cartésiens. Concernant Descartes, laImg_1262 rédaction a eu la bonne idée de demander à Nicolas Grimaldi de narrer, par le menu, les voyages de Descartes. L'homme des «Méditations Métaphysiques», le «modèle» français de la pensée logique fut un voyageur impénitent, un mercenaire pour différentes soldes, alors même qu'il écrivait aussi de longues lettres à ses amis, qu'il se passionnait pour les travaux de son ami Huygens, pour les phénomènes atmosphériques et cosmiques, ... Et pour être ainsi un homme libre ET pensant, il lui a fallu constater que l'enseignement scolaire qu'il avait reçu ne lui avait rien appris de solide et de certain ! Imaginons un instant que nous examinions ainsi notre propre formation savante... Par ailleurs, de nombreux articles ou textes sont intéressants, à commencer par le «Débat», entre Img_1260 Monique Canto-Sperber et André Glucksmann «qu'est-ce qu'une guerre juste», l'article «les signes d'une bonne entente» consacré à l'enseignement d'un professeur de philosophie avec des élèves malentendants, l'entretien avec Jacques Bouveresse (qui déclare : «Au début, j'ai cru assez naïvement que le milieu intellectuel était, pour des raisons intrinsèques, relativement à l'abri des abus dont nous parlons et de la corruption en général. En réalité, l'honnêteté et les arguments sérieux n'y pèsent pas non plus grand-chose face à la rhétorique et au culot. (...) Pour m'en tenir à ce qui m'intéresse, il y a, actuellement, sur les questions et les auteurs auxquels j'ai consacré l'essentiel de mes efforts, une quantité de jeunes philosophes qui présentent d'excellents travaux. Mais même quand ils réussissent à les publier, il y a peu de chances pour qu'on en entende parler dans les journaux qui, comme chacun sait, s'occupent deImg_1263 choses autrement plus importantes ». Une remarque qui vaut pour tous, et aussi pour «Philosophie magazine» qui, en page 4, présente les contributeurs du numéro, avec photos et CV à l'appui.

Socrate, tailleur de pierre, serait-il intérrogé par un journaliste de «Philosophie magazine» ou... ?

Les femmes ? De leur émancipation

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En 1996, les Editions Lattès publiaient le premier volume d'une nouvelle collection, "Les philosophes à la question", intitulé "Des femmes ? De leur émancipation". "Cette collection, écrivait Marc Sautet, alors créateur et directeur de cette collection, a ouvert un véritable chantier. Elle existe un énorme travail d'équipe. (...) C'est pourquoi, pour chaque volume, une dizaine de personnes s'est réparti l'ensemble des auteurs qualifiés de grands philosophes.". Dans ce premier volume, Marc Sautet réalisait des entretiens, est-il nécessaire de préciser "fictifs", avec, Confucius, Platon, Aristote, Augustin, Avicenne, Thomas d'Aquin, Hume, Schopenhauer, Stuart Mill et Nietzsche. Mais si les entretiens sont fictifs, les "réponses" de ces philosophes aux questions de Marc Sautet proviennent de leurs oeuvres. "La mise en ordre de ces fragments incombe, il est vrai, à une personne unique qui dialogue avec les dix ombres sollicitées. C'est lui qui met de l'ordre dans les données fournies par l'équipe, et formule les questions de sorte que les fragments retenus passent pour des réponses." Concernant "les femmes et leur émancipation", faut-il s'étonner que les philosophes les plus progressistes soient anglo-saxons, et les plus "réactionnaires" germaniques ? Quant à ceux qui subissent la toute-puissance monolithique d'une supposée "révélation divine", chacun sait que leurs principes les conduisent à des conclusions étrangement utiles pour le maintien de l'esclavagisme des femelles par les mâles... Marc Sautet est décédé en 1998. Les Editions Lattès ont interrompu la publication de la collection, alors que le deuxième volume était en cours d'élaboration sur le thème "Des dieux ? De leur révélation"...

Raymond Devos, mon hommage de singe savant... !

Hegelclown"Un jour, je reçois un ami chez moi, un ami que j’apprécie beaucoup. Parce que c’est un homme très intelligent, il lit beaucoup de livres, c’est une mine de savoir, l’air de rien, car mon ami, il faut dire, il ne se fait pas remarquer. D’ailleurs, une fois, je lui ai fait cette remarque, je lui ai dit, "mon ami, vous êtes toujours habillé d’une manière tellement anonyme, sans jamais la moindre marque sur vous". "Justement, me répond mon ami, c’est que je ne tiens pas à me faire remarquer" ! "Pourtant, lui-dis, vous êtes un individu remarquable !". "Pour vous, mon cher ami, c’est d’ailleurs pour cela que je suis votre ami, c’est que vous, vous m’avez remarqué", et là, il me dit que, sans le savoir, nous venons de dire la même chose que Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit ; et en plus, qu’il me soupçonne d’être hégélien, sans le savoir ! Vous vous rendez compte ! Moi, hégélien, je ne le savais même pas, et puis personne ne me l’avait dit ! Enfin, si, mon ami me l’a dit, mais enfin, j’étais déjà un homme d’un certain âge, on aurait pu me prévenir avant ! "Et c’est grave d’être hégélien ?, lui dis-je à mon ami". "Pas plus grave que d’être nietzschéen ou cartésien, mais vous, de toute façon, je crois que vous êtes hégélien parce que vous croyez à la science de la conscience" ! "Ah... ! Et ce n’est pas dangereux cela au moins, lui dis-je." "En fait, çà dépend, me répond-il. (...) (la suite de l'article complet, à lire sur E-Torpedo)

Marc Sautet, Nietzsche et la Commune, le blog dédié

MarcsautetserieuxcommeunpapeIl pouvait être sérieux comme un pape - et qui sait s'il n'agissait pas comme un souverain pontife, un passeur sur le pont, vers ? Au Café des Phares, son "animation" pouvait être surprenante; parfois, très en retrait, la plupart du temps, très sérieuse, alors qu'il préférait l'humour... Depuis son décès, Marc est "retombé dans l'oubli" - en était-il sorti ? Son oeuvre majeure, "Nietzsche et la Commune", est indisponible dans les librairies, et ignorée. Mais, comme il me l'a demandé quelques mois avant sa mort, elle sera, à nouveau, lue. C'est pourquoi un blog est, à partir d'aujourd'hui, entièrement consacré à cet essai, remarquable...

Philosophie magazine, numéro 2

Img_0839 Le deuxième numéro de "Philosophie Magazine" vient de paraître. Le dossier central, "Homme et animal", est justement sous-titré, "La frontière disparaît"; ce qui prouve que, chez de jeunes universitaires qui ont suivi des études de philosophie en France, les vieilles divisions dogmatiques et "métaphysiques" n'impressionnent plus, et n'imposent pas une conscience du monde bien connue. Sur presque 100 pages, le magazine traite de nombreux sujets, tantôt en profondeur, autant qu'il est possible dans le format d'un magazine (le dossier central, le cahier central consacré à Machiavel), tantôt en une page ou deux, comme avec l'article "Platon, à ne pas utiliser sans avis médical", qui traite du Img_0840 développement des officines de consultation philosophique. L'article suivant présente le travail d'un instituteur, Philippe Roiné, qui pratique "le débat philosophique une heure deux fois par semaine"; ce que Jean-François Chazerans, professeur de philosophie à Poitiers, réalise en pionnier depuis plusieurs années (cf. l'entretien sur l'Action Littéraire). Le dialogue a conduit à la confrontation de Luc Ferry qu'il ne faut plus présenter à François Bégaudeau, "jeune professeur de français dans un collège du 19ème arrondissement". Dans ce dialogue, les connaissances de Begaudeau, du "réel", nourrissent une réflexion plus fine et moins dogmatique que celle de l'agrégé ex-ministre. Mais ce n'estImg_0842 une surprise pour... Les nombreuses contributions portées au dossier "Homme et animal" sont conclues par un texte d'Elisabeth de Fontenay qui commence par rappeler une vérité simple : "L'homme et le chimpansé ont près de 99% de gènes communs. Ce chiffre incroyable atteste que la blessure narcissique infligée par Charles Darwin à l'homme ne peut plus désormais être surmontéé par de pieuses paroles sur la supériorité anthropologique", et ce à une époque où les religions-sectaires re-prennent du poil de la bête... Thomas Regan exprime, lui, l'hypothèse et le projet selon lesquels "les mauvais traitements que nous infligeons aux animaux" pourraient être sanctionnés... Le magazine propose aussi un entretien avec Antonio Negri, "figure intellectuelle de Img_0845 la gauche italienne", et le "parcours" de Nadhéra Beletreche, qui a fondé Img_0846 il y a quelques moins un évident et nécessaire "Racailles de France"...

                                   

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