Nietzsche et la Commune - vers une nouvelle édition...
A la fin de l'année 1997, l'épouse de Marc Sautet m'a appelé pour me rencontrer. Lors de ce rendez-vous, elle m'a appris que Marc était atteint d'une tumeur au cerveau, et que le pronostic vital était réservé. Elle m'a remis la lettre reproduite ci-contre (trois pages), et ci-dessous (format Word). Dans cette lettre, Marc me demande de consacrer des efforts pour que son ouvrage, "Nietzsche et la Commune", paru aux débuts des années 80, soit réédité - les Editions le Sycomore ayant fermé boutique, les derniers exemplaires étaient partis au pilon. J'avais annoncé sur ce blog que je cherchais un ou une personne qui, intéressée par cet ouvrage, par la personne de Marc, par les thèmes, auteurs, idées, auxquels cet ouvrage fait référence, afin de travailler ensemble à la réédition de cet ouvrage. Depuis plusieurs mois, Grégory Nasr a travaillé avec régularité et rigueur pour que nous puissions, tous, disposer d'une nouvelle édition de "Nietzsche et la Commune". Vous trouvez ci-dessous l'introduction de cet ouvrage, accompagnée de la préface que je lui ai consacré. Dans quelques jours, vous disposerez d'une édition complète, au
format PDF. Et dans quelques mois, nous l'espérons, vous pourrez vous procurer, si vous préférez le livre en main, une nouvelle édition imprimée (l'auteur étant décédé, nous demanderons que des droits d'auteur soient néanmoins comptabilisés et versés à une association ou une organisation qui promeut une présence de l'intelligence philosophique dans la cité, sur le modèle de l'action de Marc Sautet).
Dans les prochaines semaines, nous ajouterons la suite du texte de Marc Sautet; des photos prises entre 1992 et 1996; enfin, un blog spécifique sera ouvert pour parler de cet ouvrage, de cet homme et auteur, ...
Un extrait de la préface :
"(...)Au
cours de ces deux ans, je découvrais, bribe par bribe, des
moments et des personnes qui avaient fait sa vie. De ses parents, il
parla une seule fois, les yeux embués de larmes. Son père
et sa mère étaient décédés, l'un
et l'autre d'un cancer. Son père était un modeste
cordonnier, et il semblait se souvenir avec douleur du dur labeur de
son père pour gagner trois francs six sous. Origine : Marc
Sautet vient de là, d'une condition prolétarienne, le
fils d'un homme qui ouvrageait..., d'un ouvrier, d'un homme qui
travaillait. Enfant du Baby-boom né au début de ces
«trente glorieuses», années pendant lesquelles des
portes se sont ouvertes aux fils et aux fils du prolétariat,
Marc Sautet a suivi des études universitaires, jusqu'à
une thèse de Philosophie, consacrée à l'œuvre
de Nietzsche et à ses
«mauvaises nouvelles»,
pendant contradictoire des «Evangiles».
Dans son travail d'études, Marc Sautet, philosophe et donc aussi historien, a jugé qu'il devait aller chercher des sources sur les années de préparation de la première œuvre nietzschéenne, et, pour cela, devait se rendre en Suisse, à Bâle, ... Et là, les archives ont parlé, et ce «Nietzsche et la Commune» a commencé à prendre forme. C'est dans cet ouvrage qu'il évoque, dans l'ombre du philologue allemand qui voulait guérir la civilisation d'une autodestruction en cours, les luttes de celles et de ceux qui, avec peu, ont tenté, dans l'entraide généralisée, de construire un présent bien meilleur que celui «offert» par la Bourgeoisie triomphante du Second Empire.
Cette «Commune» de Paris ne hante pas la mémoire des Français pour la bonne et simple raison que la majorité d'entre eux ignorent ce drame national, comme ils sont nombreux à imaginer la Libération en 1944 dans la fête, les jeux de l'amour, les concerts de jazz, les premières Camel grillées, sans savoir ce que «l'épuration» a représenté réellement, ses limites, ses tragédies, ses échecs (puisque tant de collaborateurs zélés et de profiteurs du honteux marché noir, des commandes allemandes, ont réussi à passer à travers les mailles du filet) (2).
Pourtant, il suffit de se promener dans Paris, ou plutôt «sur» son bitume, par exemple du côté de la place de la Bastille (que notre fête nationale commémore, sans que les Français, là encore, mesurent la profondeur de l'évènement et du symbole de la prise de la forteresse-prison de la Bastille, le 14 juillet 1789) pour engager ses pas dans un cimetière, à ciel ouvert mais à sol fermé, puisque les corps des martyrs de la Commune ont été, pour beaucoup, entassés dans les catacombes de la capitale.
L'Histoire nationale est une histoire qui, fondée pour et par la Révolution Française, réalise une guerre civile profonde et durable jusqu'à aujourd'hui. Dans le cours de cette Histoire pour laquelle la Révolution Française n'est pas finie, contrairement à l'affirmation, à la volonté et au vœu pieux d'un François Furet, la Commune de Paris représente un moment remarquable, tragiquement remarquable.
Car le soulèvement du peuple de Paris – et de quelques autres villes françaises- contre l'envahisseur prussien et la grande bourgeoisie française, prête à toutes les trahisons pour continuer ses petites et surtout grandes affaires, a conduit à l'établissement d'une TAZ, une Zone autonome – temporaire. La Commune de Paris, cette première cité «communiste» de l'Histoire de France, n'a réussi à vivre que deux mois et demi... Et, lorsque les Versaillais (qui ne pouvaient «mieux» être nommés, tant la ville-phare des Yvelines est intrinsèquement liée aux pouvoirs politiques et économiques de la France royaliste) sont entrés dans la capitale, c'est pour débuter un jeu de massacre inouï.
Leur haine contre les Communards les a conduit à des massacres d'une ampleur jamais vue et connue auparavant dans l'Histoire européenne, et qui annonçait les exactions de la Seconde Guerre Mondiale, de troupes militaires entraînées et déchaînées contre des civils.
De cette entrée dans l'utopie, et de sa destruction par les armes, pourquoi Marc Sautet rédige t-il un livre historique et philosophique, de «liaison» et de confrontation entre Nietzsche et la Commune ?
Car Nietzsche n'a pas connu de l'intérieur, ou de l'extérieur, comme soldat prussien, la Commune de Paris; et il n'a pas écrit un ouvrage qui lui fasse explicitement référence. Engagé dans les troupes de Bismarck, il est rapidement malade et rapatrié. Mais il s'est engagé, et les développements des combats et des tensions entre la Prusse et une France divisée ne pouvaient lui échapper. Sans compter que la Commune de Paris représente un nouveau coup de tonnerre dans l'Europe de la grande bourgeoisie et des noblesses nationales, plus de 20 ans après les révolutions de 1948. Le «spectre» continue tellement de hanter l'Europe qu'il retrouve, avec la Commune, corps et vies, avant d'être à nouveau renvoyé dans l'au-delà, à travers le massacre de plus de 20.000 civils. Et les faits, divers, de cette guerre civile qui tourne aux massacres ne sont pas ignorés des européens qui peuvent lire des récits rédigés par des journalistes présents dans les murs de Paris."


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