Aller en Afrique, à Addis - Ethiopie. L’aéroport est, comme tant d’autres dans le monde, moderne, sans être gigantesque, adapté à. Après les formalités, la route qui mène à Addis présente, même en pleine nuit, les signes de la «modernité», enfin, de l’industrialisation occidentale, de ses signes, les immeubles, des offres commerciales, du «business», les «offres informatiques». Addis n’est certainement pas l’Afrique… Et puis, devant le taxi Lada, une première meute de chiens errants. En voilà qui ne connaîtraient pas la liberté en Europe, mais seraient au «refuge», à la SPA, antichambre pour… Le conducteur du taxi les évite – par «humanité» sans doute, mais surtout pour ne pas froisser les tôles fragiles de la Lada. L’Hôtel. Sheraton ou RAS ? Grand luxe, où, par essence, tout brille, frotté, lavé, plusieurs fois par jour, ou les premières démangeaisons ? Il faut choisir. Et pour connaître, le Sheraton ne sert à rien, mur d’illusions. Mais tout brille, et, comme pour les autistes… Et le jour qui vient… C’est une saison pluvieuse. Les rues. Les rues sont habitées. Ce n’est pas comme «chez nous». «Chez nous», l’omniprésence policière veille à ce que les passants passent, que «la circulation des biens et des personnes» soit assurée. Ok. Là, il y a bien sur ceux et celles qui demandent, et ils ont des raisons évidentes – ils n’ont rien, ou pas grand-chose. Tiens, «l’avoir» a une importance. Il faut que je note cela pour ma prof de philo. Il y a ceux même qui sont peut-être arrivés au bout du chemin – allongés en plein jour sur le sol poussiéreux, sans bouger, comme si… Qui peut dire «comme si», car personne ne songe à essayer de les réveiller, ou même de les ressusciter. A 6 milliards d’êtres humaines, en plein renouvellement, qu’importe ceux qui meurent ? Surtout, ne pas croire les beaux discours sur l’importance de la vie humaine – pour la vie humaine. Il est lumineusement évident que tu peux crever – le monde continue sa route. L’année dernière, la «canicule» qui fauchait les vieux et les vieilles de notre contrée prouvait, je l’ai entendu, que notre civilisation, ou à tout le moins, la France, les ignorait, et que nous ne voulions pas entendre parler de la mort. Comme si, là, à Addis, en Afrique, «la mort» souciait qui que ce soit. La mort, c’est toujours la mort des autres – l’impuissance, de soi, totale, et que peut-on faire, à part prier, chanter, demander à l’Inconnu de prendre soin de l’âme ? Mais je vois bien la différence : en Occident, «je» pèse quelque chose, alors qu’ici, «je» n’est rien, sauf si je suis puissant. Chez nous, «les pauvres» ont contesté cette prétention et cette arrogance des puissants à exister. Ici ? Ils chantent, fondus dans le c(h)oeur, et disent, tra-j’ai dis.
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