La Grèce, éternelle puisqu'elle ne l'est pas, est aujourd'hui sous les feux, internationaux, de la rampe, car les Jeux jouent, les hommes et les femmes décident, dans la confrontation, de désigner "qui" est "le plus fort". Même si nos temps, aux 100 mètres, sont ridicules par comparaison avec ceux du guépard ou de la panthère, ou, dans les bassins olympiques, ridicules par comparaison avec ceux des dauphins ou des requins, l'Homme, dressé sur son séant et ses ergots, prétend à la force, parce qu'il est, la plupart du temps, il est vrai, très faible. La Grèce. Ces Jeux rappellent l'histoire de cités et de peuples -l'unité des Grecs, ce fut une gageure...-, une histoire brillante, mais également violente, essentiellement. Pour ceux et celles qui veulent connaître cette passion des Grecs, anciens, pour le combat, jusqu'au suicide, il faut lire le "Guerre et violence dans la Grece antique", d'André Bernand. Selon l'auteur, "Réfléchissant un jour sur le bilan sinistre des guerres, génocides, graves atteintes aux droits des peuples et aux droits des gens, dont le vingtième siècle a été le théâtre et le témoin, j'ai songé dans le même temps à ces images douceâtres, décolorées, débiles et désarmantes de puérilité que trop d'hellénistes ont donné de la civilisation grecque. Se sont alors présentés à ma mémoire les propos lucides que tenait Nietzsche, dénonçant "les beaux parleurs exerçant aux facéties de l' "harmonie" grecque, de la "beauté" grecque, de la "sérénité" grecque les talents d'une rhétorique inefficace". J'ai soudain compris que dans mes études secondaires ou supérieures, on ne m'avait jamais fait lire, par exemple, le chant XXII de l'Odyssée évoquant le massacre des prétendants et des servantes qu'ils avaient séduites. On m'avait caché les horreurs de l'histoire grecque et l'on m'avait donné de la Grèce une vision idyllique, idéale, imaginaire, pour ne pas dire imbécile. L'idée me vint donc de peindre le pays et les anciens Grecs tels qu'ils furent, eux aussi, avec leurs vilenies, leurs violences, en toute vérité. Et s'il y avait un héritage grec dont on ne parle jamais ? J'aime tant la Grèce que je lui ai consacré ma vie de chercheur et de professeur, mais je lui dois la vérité, car le libre langage, la 'parrhésia' est une des vertus de la culture grecque. De là ce livre sur "Guerre et violence dans la Grèce antique". Le miracle grec c'est que, malgré tant de douleurs, d'erreurs et d'horreurs, la Grèce, notre mère à tous, vit dans notre coeur. Elle est à l'image d'Athéna, déesse guerrière, mais aussi garante de la sagesse."
Aller en Afrique, à Addis - Ethiopie. L’aéroport est, comme tant d’autres dans le monde, moderne, sans être gigantesque, adapté à. Après les formalités, la route qui mène à Addis présente, même en pleine nuit, les signes de la «modernité», enfin, de l’industrialisation occidentale, de ses signes, les immeubles, des offres commerciales, du «business», les «offres informatiques». Addis n’est certainement pas l’Afrique… Et puis, devant le taxi Lada, une première meute de chiens errants. En voilà qui ne connaîtraient pas la liberté en Europe, mais seraient au «refuge», à la SPA, antichambre pour… Le conducteur du taxi les évite – par «humanité» sans doute, mais surtout pour ne pas froisser les tôles fragiles de la Lada. L’Hôtel. Sheraton ou RAS ? Grand luxe, où, par essence, tout brille, frotté, lavé, plusieurs fois par jour, ou les premières démangeaisons ? Il faut choisir. Et pour connaître, le Sheraton ne sert à rien, mur d’illusions. Mais tout brille, et, comme pour les autistes… Et le jour qui vient… C’est une saison pluvieuse. Les rues. Les rues sont habitées. Ce n’est pas comme «chez nous». «Chez nous», l’omniprésence policière veille à ce que les passants passent, que «la circulation des biens et des personnes» soit assurée. Ok. Là, il y a bien sur ceux et celles qui demandent, et ils ont des raisons évidentes – ils n’ont rien, ou pas grand-chose. Tiens, «l’avoir» a une importance. Il faut que je note cela pour ma prof de philo. Il y a ceux même qui sont peut-être arrivés au bout du chemin – allongés en plein jour sur le sol poussiéreux, sans bouger, comme si… Qui peut dire «comme si», car personne ne songe à essayer de les réveiller, ou même de les ressusciter. A 6 milliards d’êtres humaines, en plein renouvellement, qu’importe ceux qui meurent ? Surtout, ne pas croire les beaux discours sur l’importance de la vie humaine – pour la vie humaine. Il est lumineusement évident que tu peux crever – le monde continue sa route. L’année dernière, la «canicule» qui fauchait les vieux et les vieilles de notre contrée prouvait, je l’ai entendu, que notre civilisation, ou à tout le moins, la France, les ignorait, et que nous ne voulions pas entendre parler de la mort. Comme si, là, à Addis, en Afrique, «la mort» souciait qui que ce soit. La mort, c’est toujours la mort des autres – l’impuissance, de soi, totale, et que peut-on faire, à part prier, chanter, demander à l’Inconnu de prendre soin de l’âme ? Mais je vois bien la différence : en Occident, «je» pèse quelque chose, alors qu’ici, «je» n’est rien, sauf si je suis puissant. Chez nous, «les pauvres» ont contesté cette prétention et cette arrogance des puissants à exister. Ici ? Ils chantent, fondus dans le c(h)oeur, et disent, tra-j’ai dis.
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