de Woerth ébranle l'Europe que Nietzsche de son propre aveu, couche sur le papier ses réflexions sur les Grecs. Par-delà le conflit entre les Nations, n'est-ce pas plutôt l'émancipation de la classe ouvrière qui l'effraie ?
C'est le 19 avril 1869 que l'élève de Ritschl, à l'âge de vingt-cinq ans débarque à Bâle ; quatre mois viennent à peine de s'écouler depuis le dénouement du premier conflit de classe que connaît cette bonne ville : tout l'hiver a été marqué par l'incroyable grève des ouvriers du textile et le printemps respire de leur défaite. Le nouveau venu peut-il ne pas le sentir ?
Le 28 mai, Nietzsche prononce sa leçon inaugurale devant un public de collègues et de bourgeois. Quatre mois plus tard, à peine, se déroule au Café National, du 5 au 11 septembre, le quatrième Congrès de la Première Internationale : Marx y fait adopter, en présence de Bakounine, les résolutions sur la collectivisation du sol et sur le renforcement de l'organisation. Le jeune prodige universitaire est-il trop épris de la Grèce lointaine et de son voisin Wagner pour l'ignorer ?
La guerre éclate en juillet 1870 : deux nations mo-dernes s'affrontent. Mais dans chaque camp, la résistance des travailleurs est telle qu'ils fraternisent à distance et que la répression de chaque côté s'abat violemment sur eux. Volontaire pour monter au front sans armes, en tant qu'infirmier, Nietzsche demeure-t-il à distance de ces com-bats d'arrière-garde ?
Convalescent dès la fin septembre, il reprend bientôt son labeur universitaire et ses visites aux Wagner. Alors qu'il est en cure à Lugano au printemps de 1871, la Commune de Paris est proclamée. L'ignore t-il ? Et de retour à Bâle au moment de l'écrasement des insurgés, reste-t-il sans réaction ?
A ce jour, aucun biographe ni commentateur ne semble avoir tenu compte de l'accumulation de ces don-
né, en dépit de laquelle il est né ; l'époque bouleversante de la guerre franco-allemande de 1870-1871.»
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